Un chemin de la Retirada

Il ne nous restait que le vent

Il ne nous restait que le vent

Les auteurs :

Depuis quelques années, Clément BALOUP, auteur et illustrateur français, multiple les collaborations. En 2025, c'est avec Sae Youn KOH, illustrateur coréen, qu'il signe Il ne nous restait que le vent, histoire du camp de Rivesaltes.

La 4ème de couverture :

À travers les yeux de Dolores, petite réfugiée espagnole, Rose,
infirmière suisse volontaire, Anto, enfant tsigane raflé par les
nazis, Kurt, soldat de la Wehrmarcht et Karim, harki interné à
l'indépendance de l'Algérie, découvrez l'histoire du camp de
Rivesaltes qui a enfermé des dizaines de milliers de personnes

pendant près de 70 ans (1941-2007).

Une mise en lumière et un travail de mémoire sont fait sur le
plus grand camp de détention d'Europe de l'Ouest.

Pourquoi j'ai aimé cet album ?

Lorsque le papier cadeau s'est déchiré, révélant la couverture d' Il ne nous restait que le vent, je me suis aussitôt réjouie. Quelle bonne idée de mettre l'histoire du camp de Rivesaltes en bande-dessinée ! 

A l'origine camp militaire, puis camp d'internement pour les réfugiés républicains, "Drancy de la zone sud",  centre de séjour surveillé, et enfin centre de rétention administrative... raconter son histoire, c'est aussi raconter celle de l'enfermement, qui sous différentes formes et dans différents contextes, a accompagné les conflits majeurs du XXème siècle.

Ici représentées à travers les trajectoires de 5 personnages, les mémoires des internés longtemps restées tues, s'animent et se transmettent. Quel programme !

Mais voilà qu'à la 4ème planche, je sursaute. En bas à droite de l'illustration qui occupe toute la page, je viens de lire "ils fuient (...) les troupes du général Franco qui marchent sur Barcelone" alors que le cartouche situé en haut à gauche indique "Février 1939."  Ben non en fait ! En février 39, les troupes de Franco ne marchent plus sur Barcelone pour la bonne raison qu'elles y sont déjà depuis le 26 janvier 1939, jour de la chute de la capitale catalane. 

Deux pages plus loin, nouveau sursaut. Le personnage de Tonio qui, accompagné de son épouse Maria et de leurs 2 enfants, vient de franchir la frontière sous le feu nourri des franquistes, est désarmé par un gendarme et poursuit sa marche avec sa famille. Ben non plus en fait ! Au moment où les militaires nationalistes (le terme de "franquiste" ne viendra que plus tard) atteignent les postes-frontières, entre le 11 et le 13 février, les autorités françaises ne sont plus dans l'improvisation des premiers jours. Le plan "Barrage" est pleinement opérationnel et les familles sont séparées : hommes et femmes sont pris en charge séparément.

J'ai poursuivi ma lecture en sursautant encore quelques fois. Puis, plus avant dans le récit, j'ai arrêté de sursauter mais je ne saurais dire si c'est parce que le récit contient moins d'imprécisions ou, s'agissant de périodes que je ne connais pas, je ne les repérais plus. Quoi qu'il en soit, ce manque de rigueur m'a clairement gâché ce moment de lecture.

De surcroit, ces périodes pour lesquelles j'avais beaucoup de curiosité ne sont pas toutes traitées et plusieurs communautés, parmi toutes celles qui se sont succédé à Rivesaltes, sont à peine évoquées. 

Peut-être que j'en attendais trop.

N'empêche. Pour un ouvrage qui annonce en couverture "Histoire du camp de Rivesaltes", un ouvrage qui a le soutien de l'Éducation nationale, qui a reçu la participation du Conseil Scientifique du Mémorial, je trouve ce manque de rigueur un peu moyen.

Pour résumer, faire une BD sur l'histoire du plus grand camp d'internement d'Europe occidentale était une formidable idée. Mais une bonne idée, un titre sublime, une belle couverture, et des artistes de talent, ça ne fait pas tout. Le résultat est vraiment décevant.  

Description : BD. 1 volume (98 p.) en français, édité par Alter Comics, 2025.

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