Michel LEFEBVRE, commissaire d'une exposition organisée au Mémorial du Camp de Rivesaltes à l'occasion du 80ème anniversaire de la Retirada, et Markus SCHÜRPF, archiviste du fonds Paul Senn à Berne, cosignent ce livre dédié au photo-reporter Paul SENN dont on a dit de lui qu'il était le "Capa Suisse".
PAUL SENN,
Un photographe suisse dans la guerre d'Espagne et dans les camps français
Paul Senn (1901-1953) fait partie des photographes engagés. En Espagne, on dira "comprometido".
Pendant la guerre civile, il accompagne des convois d'aide humanitaire dans les zones de conflit et documente l'effondrement de la République. En 1939, sur le chemin de l'exil, il immortalise au Perthus le flot de réfugiés. En 1942, il se rend dans le Sud de la France avec le Secours Suisse et photographie les camps de Rivesaltes et du Récébédou, la Maternité d'Elne et la pouponnière de Banyuls-sur-Mer.
Il est l'un des rares photographes à avoir pu documenter la Retirada et les camps. Alors, la première fois que j'ai eu ce livre entre les mains, je n'ai pas pu m'en empêcher : passant rapidement sur les portraits, j'ai fouillé du regard la foule des réfugiés, fébrilement, espérant y reconnaître un visage familier. Mais non. Enfin bon, j'imagine que nous sommes nombreux à céder à ce fol espoir !
La deuxième fois que j'ai pris l'ouvrage en main, j'ai pris tout mon temps.
262 pages. Un grand format. Des illustrations de grande dimension. Un papier de qualité, agréable au toucher. Pas de doute, c'est un beau livre ! Pas moins de 350 clichés sont reproduits ici. Sommairement légendés, ils sont très habilement mis en valeur par une mise en page sobre. L'ouvrage renferme également une biographie, ainsi que près d'une vingtaine de coupures de presse.
Quelques textes, organisés en chapitres, permettent de contextualiser et restituer le travail du photographe. Petit + : renvoyée dans les dernières pages, vous en trouverez la traduction intégrale en catalan, espagnol et anglais.
Bref, il faut reconnaître que c'est une très belle réalisation.
Dans ses clichés, dont beaucoup de portraits, Paul Senn dénonce la guerre sans la montrer. Pour révéler les violences qui brisent les corps, les familles et les âmes, son regard se porte sur les victimes. C'est un regard humaniste qui tisse un lien entre la personne prise sur le vif dans son désarroi, sa douleur ou son soulagement, et nous qui la regardons tant d'années plus tard et percevons son émotion. Bouleversant !
Mais, tout n'est pas noir dans le monde que révèle le photo-reporter. Il veut montrer aussi à la solidarité qui s'exerce au cœur du drame. A cet égard, ses photos qui illustrent le travail des bénévoles en faveur, notamment, des enfants sont un vrai message d'espoir.
Au-delà de ce qu'il procure à son lecteur, PAUL SENN,
un photographe suisse dans la guerre d'Espagne et dans les camps français est un livre utile à celui qui voudrait témoigner, expliquer et partager.
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